Erwan Le Méné : « Les forêts françaises sont nos meilleures alliées dans la lutte pour le climat »

Par
Pierre Manches
Le
03
May
2022
, le
30
June
2021
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Erwan Le Méné : « Les forêts françaises sont nos meilleures alliées dans la lutte pour le climat »

Depuis 2016, la startup bretonne EcoTree achète des forêts, des parcelles et zones boisées à travers toute la France, souvent délaissées, et leur redonne une seconde vie. Un enjeu environnemental majeur puisque ces forêts représentent des puits de carbone naturels qui pourront absorber in fine plusieurs milliers de tonnes de carbone par an. Chacun, entreprise comme particulier, peut devenir propriétaire d’arbres (d’un seul à plusieurs milliers), et une fois coupé, les bénéfices tirés reviennent intégralement au propriétaire. Entretien avec Erwan Le Méné, co-fondateur d’EcoTree.

 

Quelles sont les racines d'EcoTree et qu’est-ce qui vous a poussé à lancer cette aventure entrepreneuriale en faveur des forêts françaises ?

Erwan Le Mené : EcoTree a quatre racines, ou en des termes plus communs quatre co-fondateurs. J’ai travaillé en finance, Théophane est juriste, Baudoin travaillait dans le conseil aux entreprises et Vianney est un véritable expert des forêts. Nous ne sommes pas nécessairement des entrepreneurs de la première heure, nous n’aurions peut-être pas eu l’idée de créer notre boîte en sortie d’école par exemple, mais nous avons des convictions et le projet d’EcoTree a mûri autour de ces convictions.  Deux motivations très fortes nous guident depuis le début de l’aventure, nous sommes la première génération à subir les conséquences du changement climatique mais aussi la dernière à pouvoir véritablement y répondre. On veut donc pouvoir dire à nos enfants « oui, j’ai essayé de faire quelque chose en faveur du climat ». C’est d’ailleurs le pacte initial qui nous a lié dès le départ : « on le fait pour le sens que ça a ». Peut-être avions-nous 90% de chance de nous “planter”, mais on préfère avoir des remords que des regrets.

 

« On a tous une histoire d’amour avec un arbre »

 

Pourquoi vous êtes-vous intéressés aux forêts et non pas à un autre champ d’action pour le climat ?

Erwan Le Mené : Lorsqu’on a commencé tous les quatre dans notre petit groupe de travail, Vianney qui est un forestier nous disait qu’il n’y a jamais eu autant de forêts en France avec leurs formidables atouts potentiels pour le carbone et la biodiversité. Le problème aujourd’hui c’est que la plupart de ces forêts ne jouent pas leur rôle de puits de carbone, ni d’écrins de biodiversité en raison de leur manque d’entretien. La raison est assez simple : le secteur des forêts a besoin d’être dynamisé, il s’organise avec quelques grands propriétaires sans que rien ne se passe véritablement. Pourtant on a tous une histoire d’amour avec un arbre. On a tous grimpé à un arbre quand on était petit, on en est tous tombé d’un arbre, on s’est tous baladé en forêt, on y a fait des cabanes. On s’est donc dit qu’il fallait ouvrir l’investissement forestier au plus grand nombre, à ceux qui ne peuvent pas s’acheter toute une forêt, à ceux qui vivent en ville mais qui aiment profondément les forêts… Il y avait tout un modèle à réinventer.

Concrètement, comment vous y êtes-vous pris pour réinventer ce modèle ?

Erwan Le Mené : Nous avons différents types d’actions mais l’idée de départ et la principale innovation est de dissocier la propriété du sol, c’est-à-dire la surface terrestre, de la propriété de l’arbre. On permet ainsi à presque n’importe qui, entreprise ou particulier, de devenir propriétaire d’une forêt ou d’une partie de forêt, mais pas de sa biodiversité. On a aussi des offres de soutien à la biodiversité, de mécénat pour des actions de préservation, de zones humides, de ripisylves ou encore d’implantation de ruches et de haies mellifères, afin d’apporter de la nature en plus. Pour faire simple, on accroît le potentiel de biodiversité des quelque 800 hectares de forêts que nous possédons en France.

 

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Immersion dans la forêt de Ploërdut

Pouvez-vous nous parler de la forêt de Ploërdut en Bretagne qui est l’un de vos massifs forestiers les plus emblématiques ?

Erwan Le Mené : Ploërdut est un très bon exemple car il montre bien ce que nous savons faire chez EcoTree. On reprend souvent en gestion des forêts en indivision, avec des frais d’entretien qui étaient devenus trop importants pour les propriétaires. De manière générale, on intervient sur des massifs forestiers en déshérence, en coupe rase non-reconstituée, ou encore sur des anciennes terres agricoles surexploitées où la terre est épuisée. Dans ces cas extrêmes mais néanmoins fréquents, le seul moyen est de planter une forêt pour que la terre redevienne fertile en une soixantaine d’années environ. Comme dans la plupart des cas où nous intervenons, Ploërdut est une forêt qui était épuisée. Nous y menons simultanément une opération de reboisement et une opération d’éclaircissement dans une zone de forêt laissée à l’abandon pendant des années et où les arbres sont trop proches les uns des autres pour suivre une croissance normale. Notre vocation est de réhabiliter des forêts par notre gestion forestière durable, qui permet de valoriser ou de recréer ces puits de carbone et de réinstaller la biodiversité où elle a été chassée.

 

À Ploërdut dans le Morbihan, une forêt de 11,6 hectares reprend vie grâce à EcoTree et OVO Energy France qui finance la plantation de 30.000 arbres. Au total, près de 60.000 nouveaux arbres boiseront ce territoire breton d’ici 2022. Un plan d’action en faveur de la préservation des écosystèmes, qui permet d’agir et de capter plus de carbone, et aussi un enjeu social et économique avec la création d’emplois locaux dans l’ouest de la France (experts forestiers, entreprises forestières spécialisées, bureaux d'études, écologues, etc.).

 

Comment évaluez-vous la réussite d’une opération de restauration de forêt ?

Erwan Le Mené : Nous avons une approche forestière « proche de la nature », qui s’appuie sur la méthode de gestion sylvicole en « futaie irrégulière”. Cette méthode vise à obtenir des arbres de différents âges et de différentes tailles sur les parcelles de nos forêts, à plus ou moins moyen terme selon l’état de la forêt que nous gérons. Ensuite, l’autre objectif majeur est de faire revenir la biodiversité. Après cela, un écologue vient donc chaque année dans nos forêts pour mesurer l’indice de biodiversité potentielle à partir d’un recensement des animaux, des essences végétales, des zones humides... La vraie réussite est de voir des forêts régénérées, avec des animaux qui reviennent. Les forêts sont un peu comme les jardins, il faut à un moment ou un autre les entretenir pour que la biodiversité et les animaux en particulier puissent y habiter, sans quoi les forêts deviennent des friches inaccessibles.

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