Johan Reboul (Le Jeune engagé) : « Même s’il n’y a qu’une seule personne qui s’engage après avoir vu mes vidéos, alors c’est gagné »

Par
Estelle Papillon
Le
28
July
2022
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21
July
2022
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Johan Reboul (Le Jeune engagé) : « Même s’il n’y a qu’une seule personne qui s’engage après avoir vu mes vidéos, alors c’est gagné »

Johan Reboul, alias Le Jeune engagé, a seulement 23 ans mais, déjà, une longue expérience concernant l’engagement. Militant dès ses 16 ans contre l’utilisation d’huile de palme par les grands groupes agroalimentaires mondiaux, il plaide quotidiennement pour inciter les jeunes de sa génération, et les autres, à se mettre eux aussi en action pour changer les choses. Son arme de prédilection ? Les réseaux sociaux, mais aussi une grande rigueur dans la préparation de ses interventions, afin d’être bien à la hauteur des enjeux, cruciaux pour notre avenir.

 

Pour vous, tout a commencé au lycée, il y a six ans, quand vous avez initié deux pétitions contre l’huile de palme industrielle. Comment l’idée de cet engagement vous est venue ?

Johan Reboul : A l’origine, tout vient d’un hashtag repéré sur Twitter, concernant une marque qui, de par ses pratiques, contribuait à faire disparaître des orangs-outans. C’est comme ça, en tirant le fil de ce hashtag, que je prends conscience de ce qu’est l’huile de palme et des dangers qu’il y a à l’utiliser à mauvais escient. Pour moi, c’est un grand choc : j’étais un grand consommateur de ces produits mais, compte tenu de ce que j’ai alors appris, il est bien sûr devenu inconcevable de continuer. Dans un premier temps, j’ai donc enlevé toute l’huile de palme de mon alimentation mais, même si c’était un bon début, je me suis vite rendu compte que ce n’était pas un geste suffisant à mes yeux : quel impact cela avait-il, en effet, sur le fond du problème ? Si peu… C’est alors que l’idée de faire le plus de bruit possible s’est imposée à moi, afin de parler de ces problèmes, en ciblant deux grandes marques mondiales, grosses utilisatrices d’huile de palme. J’ai donc préparé mes deux pétitions avec l’ambition de mettre le sujet sur la table : plus on allait être nombreux à en prendre connaissance, plus on allait être nombreux à se renseigner, à chercher à approfondir les enjeux, mieux ce serait.

 

Vous aviez 16 ans et l’une de ces pétitions a été signée par plus de 250000 personnes. C’est le déclic ? S’engager pour la défense de l’environnement est devenu une évidence à ce moment-là ?

Johan Reboul : Les choses ont très rapidement pris, en effet. En quelques semaines à peine, il y a eu quelques centaines de milliers de signatures. C’est la magie des réseaux sociaux. On peut les critiquer, ils ont beaucoup de défauts et de travers, mais ils ont aussi un côté très positif. Ils ont permis d’amplifier le mouvement en créant un formidable effet boule de neige, de relais en relais. C’est en voyant cela que je me suis dit que je pouvais contribuer à avoir un impact réel sur la société et ainsi participer à faire bouger les lignes. Je découvre alors pleinement l’importance de l’engagement et, surtout, son pouvoir d’entraînement. Je me dis : « Ok, je suis jeune, mais je peux être utile et je suis un citoyen à part entière, je n’ai pas à m’excuser d’être là et de faire ce que je fais. » Je réalise ce pouvoir-là, ce pouvoir de citoyen, quand l’une de ces deux grandes entreprises cherche à entrer en contact avec moi. Les personnes, en face, m’ont pris un peu de haut, comme si je ne pouvais pas être vraiment sérieux, compte tenu de mon âge. Ce qu’ils ignoraient, c’est que je n’avais pas fait les choses à la légère. Je n’avais pas lancé ces pétitions comme ça, sur un coup de tête. J’avais passé beaucoup de temps à me renseigner sur le sujet, à lire, à apprendre, à comprendre, pour être certain de bien cerner le sujet et ses enjeux. C’était tout sauf une lubie de jeune adolescent.

 

Comment ont réagi vos proches ? N’était-ce pas beaucoup de pression pour un si jeune homme, malgré tout ?

Johan Reboul : Ils m’ont toujours soutenu. Ils savent que je suis toujours très déterminé dans ce que j’entreprends mais, évidemment, comme tous parents, ils ont pu être un peu inquiets, forcément. Mais ils ont bien vu la passion qui m’animait. Ils ont compris à quel point c’était important pour moi. Et puis cela ne m’a pas empêché de poursuivre mes études, notamment en entrant à Sciences Po. C’est même un moteur de plus, au quotidien : je suis engagé à fond, c’est déterminant pour moi et je sais que la lutte pour ces grandes questions écologiques sera, quoi qu’il arrive, au centre de mon futur métier.

 

En parlant d’être engagé, vous avez justement créé la plateforme Le jeune engagé, destinée à relayer toutes les informations essentielles sur ces sujets environnementaux et à partager des projets collectifs émanant de diverses associations notamment. Ce sens du partage et du collectif, c’est essentiel quand on parle de l’avenir de la planète ?

Johan Reboul : Un an après ces pétitions, je crée Le jeune engagé, d’abord sous forme de site internet et via une page Facebook. C’est sur cette plateforme que je partage des articles sur des sujets qui me tiennent à cœur. Le premier point important, pour moi, est d’apporter des informations « en béton », sûres, et de les rendre accessibles à tous. On a parfois affaire à des rapports très sérieux ou scientifiques, qui peuvent être lourds et indigestes. Et mon rôle, alors, est de faire de la vulgarisation pour sensibiliser sur tous ces sujets. Dans tous ces combats pour l’environnement, l’accès à l’information est primordial. En fait, je me vois un peu comme le petit caillou qui vient déranger les choses établies ou, si vous voulez, comme la petite étincelle qui peut aider à éveiller les consciences. A charge ensuite pour chacun de creuser sa propre voie, en cherchant à se renseigner par soi-même, puis à s’engager et à passer à l’action. Pour pouvoir ensuite toucher une autre cible, peut-être plus jeune et qui n’irait pas forcément lire des articles de fond sur le net, j’ai ensuite créé mes comptes sur Instagram, puis sur TikTok. C’est une autre approche, mais qui me semble tout aussi importante : à travers de courtes vidéos de 20 à 30 secondes maximum, j’essaie de faire passer ces mêmes messages à un autre public. J’ai, sur chacune de mes interventions, de nombreux retours positifs, qui me motivent pour continuer. J’aime vraiment cette idée de communauté et d’entraînement qu’elle suppose. Même s’il n’y a qu’une seule personne qui s’engage après avoir vu mes vidéos, alors c’est malgré tout gagné.

 

Vous avez aussi publié un livre, Le Guide du jeune engagé, en mars 2021, aux éditions Fleurus. Quel en est  l’objectif et comment a-t-il été accueilli ?

Johan Reboul : C’est pour moi le prolongement de tout le reste. Dans ce livre, je pars des actes individuels que chacun peut mettre en place chez soi pour ensuite en tirer le fil afin d’aboutir à un processus plus global et plus collectif. Je l’ai voulu comme une aide pour quiconque souhaite devenir acteur du changement. J’y présente de nombreuses pistes d’action pour s’informer, changer ses habitudes et se mobiliser. C’est aussi, pour moi, une manière de rendre pérenne l’ensemble de ce que je fais quand, sur les réseaux sociaux, tout disparaît très rapidement. J’avais ce projet en tête depuis longtemps et, après un peu plus d’un an de travail sur le manuscrit, avec un ami du lycée qui a œuvré avec moi sur les illustrations et la mise en page du texte, j’ai démarché les maisons d’édition. J’ai rapidement eu des retours intéressés et mon choix s’est finalement arrêté sur Fleurus. Le livre est sorti en mars 2021 et c’est depuis une aventure un peu folle, avec beaucoup de rencontres et plusieurs invitations sur des radios et sur des plateaux de télévisions. Pour moi, c’est un canal de plus par lequel faire passer mes messages.

 

L’idée est d’inciter chacun à s’engager, à sa manière et à sa mesure : c’est possible et, finalement, pas si difficile à faire ?

Johan Reboul : Le plus difficile avec l’engagement, c’est de se lancer. A mon sens, il faut d’abord en finir avec la question de la légitimité. Oui, chacun de nous est légitime pour s’engager, pas besoin d’être Greta Thunberg pour cela. Il y a mille manières de le faire, à son niveau et à sa mesure : l’écolo parfait n’existe pas, personne ne l’est mais, déjà, faire de son mieux est un bon début. Il faut déculpabiliser l’individu. « Je ne suis pas parfait ? Et alors ? » Il faut y aller petit pas par petit pas, à son rythme. Je n’ai par exemple pas arrêté la viande pour devenir végétarien du jour au lendemain. Je dis d’ailleurs toujours que je n’ai pas arrêté la viande : j’ai plutôt découvert tout ce qu’il était possible de faire avec le végétal. C’est pour moi une vision primordiale : on ne se prive de rien, on va vers autre chose, autrement. J’aime cette idée de nouveaux imaginaires à créer : l’écologie peut être attirante, il n'y a aucun sacrifice là-dedans, surtout pas. Avec cela en tête, alors limiter au maximum l’usage de plastique, ne plus prendre l’avion, ou moins, s’alimenter différemment, changer de banque même, comme je l’ai fait récemment, pour être en adéquation avec mes valeurs, tout cela devient des actes positifs et, en aucune manière, ne constitue des privations et des contraintes. Et moi, si je peux inciter quelques personnes à prendre ce chemin, alors je serai utile.

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